Dossier d’œuvre architecture IA80011189 | Réalisé par
Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Le village d'Arry
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
  • Commune Arry
  • Dénominations
    village

Le village d'Arry, autrefois tourné vers l'agriculture, est d'abord marqué par la présence de l'un des plus remarquables châteaux brique et pierre de style Louis XV du territoire du Ponthieu. Il se distingue aussi par une morphologie urbaine particulière, dépourvue de centre - là où se concentrent habituellement l'église et les services administratifs, comme la mairie, l'école ou la poste. Ici, en s'appuyant sur une trame urbaine principale accrochée à la voie de circulation qui le relie au bourg de Rue, le village d'Arry s'apparente à un village-rue, où les éléments structurants se dispersent dans l'ensemble du village. Néanmoins, Arry s'écarte du strict principe de cette typologie urbaine par la présence d'une voie secondaire qui mène à une importante zone de marais, alimentés par la rivière La Maye, ainsi qu'à l'église et au cimetière : une particularité qui trouve vraisemblablement ses origines dans l'histoire des fiefs qui existaient à l'époque médiévale.

Histoire du village

Les origines du village

Selon le Dictionnaire topographique du département de la Somme, le village est mentionné en 1042 sous le nom de d'Adriacus, puis Arri en 1123 pour atteindre sa forme actuelle d'Arry en 1301 et Ary en 1312.

La seigneurie

À l'époque médiévale, la seigneurie d'Arry dépend de l'ancien comté de Ponthieu. Plusieurs sources des XIIIe et XIVe siècles, exploitées dans la thèse de Raphaële Jaminon (JAMINON-BOINET, p. 30, 69 et 71) soulignent à la fois la vassalité du seigneur d'Arry envers le comte de Ponthieu ainsi que les biens que ce dernier y possède. La seigneurie est composée de deux fiefs : l'un dépend de la famille de Soyecourt et comprend principalement 130 journaux de bois. L'autre -le Quint d'Arry- correspond à l'étendue du château actuel avec ses bois et marais, et relève directement du roi de France.

Au XVe siècle, la famille d'Arry, qui est propriétaire du fief principal, fait passer la seigneurie à la famille de Biencourt. Elle tombe ensuite dans la famille Gourlé (ou Gourlay) au début du XVIe siècle, avant d'être vendue à Jacques Fuzelier à partir de 1571. Au début du XVIIe siècle, César d'Halluin (ou d'Hallewyn) rachète le fief et son domaine. Sa fille, Catherine-Françoise d’Hallewyn, fait ensuite passer le domaine dans le giron de la famille de Courteville, par son mariage, en 1725, avec Daniel Antoine de Courteville, seigneur d'Hodicq. Leur fils Jacques Antoine François de Courteville, devient comte d'Hodicq quand le roi érige Arry en comté. Proche du pouvoir royal, il fait reconstruire le château (IA80011199) en 1761, dans le pur style Louis XV. Après la Révolution, le domaine passe entre les mains de la famille Lagrenée, puis Pingré de Guimicourt. En 1872, il devient la propriété d'Henry de France qui modernise la ferme du château (IA80011205). La même famille est à l'origine de la construction de la chapelle néo-gothique située face à l'église du village (ill. du dossier IA80011199).

Conflits et destructions

Situé aux portes du bourg de Rue, le village d'Arry a souvent été convoité comme un possible point de passage pour pénétrer dans la ville, qui, à l'époque médiévale, est une ville importante - et donc convoitée - dotée d'un port de commerce et siège d'un pèlerinage. Plusieurs sources, reprises lors de travaux historiques, relatent quelques batailles qui se seraient déroulées à Arry. C'est notamment le cas en 1033 lors d'une bataille qui aurait opposé Enguerrand Ier de Ponthieu, châtelain d'Abbeville et seigneur du Ponthieu, à Baudouin II de Boulogne. Plus tard, les travaux de Roger Rodière sur le château et la seigneurie d'Arry évoquent des travaux de fortification entrepris par Jean Gourlé, travaux qui laissent penser également que le village, ainsi que sa demeure, n'ont pas été épargnés par les Bourguignons (BSEA, 1935, p. 338).

Au cours du XXe siècle, le village a été relativement épargné par les deux conflits mondiaux. Toutefois, le monument aux morts (IA80000013), situé face à l'église du village, conserve le souvenir et la mémoire des habitants du village qui, mobilisés, sont morts pour la France. Ce monument a fait l'objet d'un dossier d'inventaire spécifique réalisé en 1990 dans le cadre de l'étude des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale dans le département de la Somme.

Activités économiques

Bien que le village soit traversé dans sa partie sud par la Maye, son faible débit, dilué dans l'étendue des marais, n'a pas permis l'installation de moulins hydrauliques sur son cours. En revanche, deux moulins à vent sont attestés à Arry au cours du XIXe siècle. Le premier, qui n'est sans doute pas le plus ancien, était situé quasiment en face de l'allée principale du parc du château (ill.). S'il est présent au milieu du XIXe siècle, la Monographie communale, rédigée en 1899, n'en fait plus aucune mention. Le second moulin était, quant à lui, situé plus opportunément à l'extrémité ouest du village, à flanc de coteau. Si la tradition populaire lui prêtait une origine médiévale, au XVIIe siècle, il apparait comme appartenant à Louis de Mansel de Lespaule, qui le loue à Jacques Le Blond, un meunier d’Étaples. (Rodière, p. 354). Il semble faire ensuite l'objet d'une reconstrution en 1781. C'est en tout as ce qu'indiquait l'inscription qui était gravée sur sa charpente et relevée à la fin du XIXe siècle : "faict par moi Marc Cacheleux 1781". Plusieurs cartes postales permettent de préciser qu'il s'agissait d'un moulin sur pivot, en charpente et essentage de bois (ill.). Enfin, les sources administratives (AD Somme ; 99 S 368813) indiquent que sa capacité de production de farine de blé était de 1000 kg/jour en 1809. Il a été détruit au cours de la Première Guerre mondiale.

L'extraction de la tourbe constitue l'autre activité florissante de la commune au XIXᵉ siècle, surtout aux alentours de 1880, période de son apogée. Cette activité importante s'est maintenue jusqu'à la Première Guerre mondiale. Six ateliers de quatre hommes, soit 25 personnes, travaillaient à l'extraction de la tourbe qui s'effectuait essentiellement en été. Ils avaient également recours à une abondante main-d’œuvre enfantine et féminine chargée de l'empilage et du chargement des tourbes. La tentative de relance de l'activité après la guerre, avec notamment la fabrication de briques de tourbe comprimée, lesquelles se prêtaient au transport, fut un échec. Les marais d'Arry, qui constituent la trace matérielle et paysagère de cette activité, ont été abandonnés dans l'entre-deux-guerres au profit d'activités de loisirs, comme la pêche et la chasse en bateau ou à la hutte.

Histoire du bâti

Développement du village

À la fin du XVIIIe siècle, le village d'Arry compte 144 habitants. Cette population ne cesse d'augmenter dans les décennies qui suivent, au point d'être multipliée par deux au milieu du XIXe siècle. Elle atteint alors 318 habitants lors du recensement de population de 1851. Par la suite, durant la seconde moitié du XIXe siècle, le nombre d'habitants diminue progressivement (270 en 1896 et 248 en 1901).

En 2022, le village compte 218 habitants (Source Insee) et côtoie le niveau démographique observé pour la commune en 1921, juste après la Première Guerre mondiale. Ainsi, en dehors de la période du second quart du XIXe siècle qui connait une certaine croissance, ces éléments statistiques permettent surtout de souligner le fait que la commune d'Arry est restée relativement stable et n'a pas eu besoin d'étendre son périmètre bâti pour absorber l'installation des nouveaux habitants. Avant le début du XXe siècle, Arry compte entre trente et quarante maisons. Par la suite, au cours du XXe siècle, l'habitat (IA80011191) s'est densifié et de nombreuses maisons ont été reconstruites, mais elles l'ont été majoritairement sur les fondations des anciennes maisons, conservant parfois un pignon ancien en brique ou en silex (1 rue de l'Église).

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Territoire de la commune

La superficie du territoire communal est de 7,34 km2 dont 84,6 % est composé de terres agricoles et 5,9 % d'espace bâti.

Environnement naturel et paysager : une structure paysagère disparue

La route départementale 938 qui relie Crécy-en-Ponthieu à Rue se transformait autrefois en une avenue monumentale entre le croisement de la route nationale 1 et le château (IA80011199). Sur 800 m de long, elle était encadrée de part et d’autre de deux rangées de tilleuls (ill.) qui constituaient l’entrée de la commune et surtout l’avenue d’accès au château d’Arry, dont l’axe de composition principal croise la départementale, en face du "bois de Compiègne" : l’ensemble était un repère important dans le paysage de plateau dominant la vallée de la Maye et avait été classé au titre des sites par arrêté du 20 mai 1925. Malheureusement ce double alignement a été détruit par une tornade survenue en 1966. L'abattage nécessaire de ces tilleuls a été autorisé en 1966 et réalisé en 1967.

L’alignement a été replanté dans les années 80 avec deux rangées d’érables (Acer platanoides) alternant un sujet pourpre à un sujet vert. Pour autant, la relation avec le château d’Arry est aujourd’hui rompue et le choix des essences a banalisé l’alignement. La création de l’autoroute A 16 a parachevé le mitage : les arbres ont été coupés sur 50 m pour le passage de l’autoroute en tranchée.

Structuration du village

La particularité de la commune est d'abord d'avoir un important château (IA80011199) qui est implanté à l'écart du village proprement dit. Cet isolement est renforcé par les pâturages de sa ferme qui forment une première zone tampon à l'ouest, et par le parc et les bois qui s'étendent à l'est.

La seconde particularité réside dans la trame urbaine qui s'accroche le long d'une voie principale qui traverse la commune d'est en ouest pour rejoindre le bourg de Rue, ainsi que d'un second axe qui s'étire vers le sud, en longeant les limites de la propriété du château. Elle assurait la liaison entre les deux anciens fiefs de Thurel et du château. Cette configuration de "village-rue" a très probablement conduit à implanter la première église et son cimetière (IA80011190) entre les deux fiefs, de manière isolée. L'autre conséquence pour ce village, qui, avant le milieu du XIXe siècle, ne possède "ni presbytère, ni mairie, ni école spécifique de filles" (Enquête préfectorale sur les propriétés communales d'Arry, 1855. AD Somme ; 99 O 409) est d'être dépourvue de centre urbain ce qui a conduit à une dispersion des éléments structurants le long d'axes de circulation opposés.

  • Typologies
    rouge barre

Documents d'archives

  • AD Somme. Série O : 99 O 409. Travaux effectués sur les biens communaux de la commune d'Arry : construction de la nouvelle église, 1864-1872.

  • AD Somme. Série O : 99 O 410. Travaux effectués sur les biens communaux de la commune d'Arry : construction de l'école mixte, 1870-1939.

  • AD Somme. Série S : 99 S 368813. État des moulins à blé existant dans le département de la Somme, par arrondissements, 1809.

  • AD Somme : 4°100 2 NUM 77. Notice géographique et historique de la commune d'Arry, par Cacheleux, instituteur, 1899.

Bibliographie

  • GARNIER, J. Dictionnaire topographique du département de la Somme. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 3e série. Paris, Amiens, t. I, 1867.

    p. 45.
  • DREAL Picardie. Inventaire des sites classés et inscrits de la Somme. 2013.

    p. 217-218.
  • RODIÈRE, Roger. Statistique féodale du baillage de Rue et de quelques villages voisins. Tome XVII : Communes du canton actuel de Rue. Bulletin de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1938-1942.

  • RODIÈRE, Roger. Statistique féodale du baillage de Rue et de quelques villages voisins. Tome XVI : Communes du canton actuel de Rue. Bulletin de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1935-1939.

  • JAMINON-BOINET, Raphaële. Le comté de Ponthieu, XIIIe siècle-début du XVIe siècle : une principauté territoriale entre France, Flandre et Angleterre. Amiens : Université de Picardie, 2008.

    Th. doct. : Histoire médiévale : Amiens: Université de Picardie Jules Verne : 2008.

    Bibliothèque universitaire

Documents figurés

  • Plan d’ensemble du territoire de la commune d’Arry, 31 octobre 1908 (AD Somme ; 99 O 410).

  • Plan cadastral napoléonien de la commune d'Arry, section B1, 15 mai 1828 (AD Somme ; 3 P 1262/4).

  • Plan cadastral napoléonien de la commune d'Arry, section B2, 15 mai 1828 (AD Somme ; 3 P 1262/5).

  • Plan cadastral napoléonien de la commune d'Arry, section C, 15 mai 1828 (AD Somme ; 3 P 1262/6).

  • Chapelle entre Arry et Vercourt, aquarelle, par Oswald Macqueron, d'après nature, 21 mai 1852 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d'Abbeville ; Rue 110C).

    Archives et bibliothèque patrimoniale d'Abbeville
  • Le Moulin d'Arry, carte postale, Édition Poidevin-Asselin, vers 1906 (AD Somme ; 8 Fi 2669).

Annexes

  • La technique d'extraction de la tourbe à Arry
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Fournier Bertrand
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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