Dossier d’œuvre architecture IA59005871 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

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  • inventaire topographique, Le Quesnoy centre
Maison de maître
Œuvre repérée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Pays de Mormal
  • Commune Le Quesnoy
  • Adresse 7-9 rue George-V
  • Cadastre 2024 OE 02 674, 676, 678, 1021  ; 1897 E 514, 515, 516 parcelle 514 : maison parcelle 515 : jardin d'agrément parcelle 516 : magasin ; 1817 E 390

Aucune archive ne permet de documenter la construction de la maison. Même s'ils ne disent rien de l'aspect du bâtiment, les cadastres et états de sections de 1817 et 1897 apportent quelques informations sur l'emprise au sol du bâti sur la parcelle ainsi que sur le propriétaire.

Sur le cadastre de 1817, l'ensemble des bâtiments forme un rectangle fermé entourant une cour centrale. Le reste de la parcelle, à l'arrière des bâtiments, n'est pas bâti mais l'état de section ne précise pas s'il s'agit d'une cour ou d'un jardin. Le propriétaire est un marchand, Hautecœur, qui est également brasseur.

En 1897, l'emprise au sol est identique mais les espaces sont différenciés et peut-être leur affectation a-t-elle été modifiée : l'une des parcelles est occupée par la maison sur rue, une autre par le jardin d'agrément et la dernière par un entrepôt. On compte 41 fenêtres et/ou porte ainsi qu'une porte cochère pour la maison, et douze pour le magasin. L'ensemble appartient à un rentier. L'état de section n'apporte pas d'indications sur l'activité qu'aurait pu abriter l'entrepôt.

Les matériaux ainsi que leur mise en œuvre, la forme des baies, la présence d'éléments caractéristiques apportent cependant des éléments de datation.

  • Période(s)
    • Principale : 1ère moitié 18e siècle , (incertitude)
    • Principale : limite 18e siècle 19e siècle , (incertitude)
    • Principale : 1ère moitié 19e siècle , (incertitude)

Description

L'hôtel particulier se compose de trois éléments : le logis qui occupe le côté est de la parcelle, un entrepôt (anciens communs) bordant le côté ouest et une aile assurant la jonction entre ces deux entités.

Le logis

Le corps principal de la maison est aligné à front de rue. À l'arrière, deux ailes successives, en retour d'équerre, forment les côtés d'un quadrilatère qui s'ouvre côté ouest sur le passage longeant l'entrepôt situé à droite de la maison. La disposition des ailes forme ainsi un plan en U. Le centre du quadrilatère est occupé par un petit jardin d'agrément.

Les ailes de la demeure comptent un étage carré et un étage de comble. L'aile sur rue est couverte par un toiture à longs pans brisée en ardoise s'achevant par des croupes. L'aile arrière est couverte par une toiture à longs pans s'achevant par un pignon découvert. À chaque extrémité, la couverture de l'aile intermédiaire, également à longs pans, est raccordée aux deux autres par une noue. À la différence des deux autres, cette toiture n'est percée d'aucune lucarne capucine.

Toutes les façades sont organisées en travées. Côté rue, la façade en compte six. Côté cour, l'aile principale ne compte que trois travées, les trois travées de gauche étant occupées par l'aile en retour d'équerre. Cette dernière compte six travées dont une aveugle. Enfin, le bâtiment en fond de cour compte quatre travées, dont la plus large à droite est aveugle.

Les trois ailes sont construites en brique, mais seule la façade sur rue de l'aile avant présente une alternance de lits de brique et de pierre bleue (calcaire), sur un soubassement en pierre bleue. Sur les autres façades, le soubassement est en grès et le calcaire, blanc, est cantonné aux chaînes harpées entourant les baies, les trumeaux étant remplis en briques posées en appareil picard, ainsi qu'aux chaines harpées situées aux angles libres des deux ailes parallèles à la rue. Sur toutes les façades, une corniche sommitale en calcaire achève l'élévation. Elle est large et en doucine côté rue, plus étroite et moulurée côté cour.

Côté rue, à chaque niveau, les baies sont couvertes par un linteau en brique dont le centre est orné d'une agrafe trapézoïdale fascée en pierre bleue, qui rejoint un bandeau en pierre bleue, lequel traverse toute la façade. Les appuis, également en pierre bleue, sont saillants et rainurés. Les attaches des persiennes (moitié inférieure des gonds) sont encore visibles de chaque côté des baies. Côté cour, elles sont couvertes par un arc segmentaire délardé en calcaire, tout comme les pieds-droits en chaîne harpée. Aux deux niveaux, une imposte courant entre les baies relie les trois façades, mais seules les baies du second niveau sont réunies par un cordon larmier. Les façades sur cour ne portent pas d'autre décor, hormis des fers d'ancrage. Côté rue, en revanche, en plus des bandeaux, des décors en pierre bleue sont insérés dans la maçonnerie du bandeau d'attique, au droit de chaque travée : six pierres carrées dont le centre est orné d'un disque en relief rythment ainsi la façade. Côté rue, les fers d'ancrage, composés d'une tige fleurdelysée ornée de chaque côté de deux volutes tête-bêche avec un nœud central décoré d'une feuille, contribuent au décor de la façade. Sur le mur de l'aile du fond de la cour, un fer d'ancrage rond porte trois fourquets (pelle servant à mélanger l'eau et le malt) entrecroisés, emblème des brasseurs. Ils rappellent le métier du propriétaire de la maison au début du XIXe siècle. C'est le seul fer d'ancrage de ce type repéré au Quesnoy.

La travée accueillant la porte bâtarde est particulièrement mise en valeur. La porte, précédée d'un grand degré, est entourée d'un chambranle à cru appareillé en pierre bleue. Elle est surmontée d'un balcon dont le garde-corps en fonte moulée est décoré de volutes. La porte est en bois, à deux battants, avec une imposte vitrée décorée de motifs géométriques et de volutes en bois. Seuls les panneaux du bas de la porte sont décorés d'un motif de fleur, qui en occupe toute la surface. Cette porte donne accès à un hall traversant.

À l'arrière se trouvent deux cours communicantes, séparées par un mur-bahut surmonté d'une grille et percé d'une porte. La première, occupée par un petit jardin est située juste derrière le logis. La seconde, située derrière l'aile assurant la jonction entre le logis et l'actuel entrepôt, a conservé son pavage en grès. Elle devait être un espace technique et servir au déplacement des voitures à cheval.

L'entrepôt

Il est situé à l'extrémité ouest de la parcelle et présente son pignon sur la rue. Construit entièrement en briques posées en appareil picard, y compris le petit soubassement, il est couvert par une toiture à longs pans et pignon couvert en tuile mécanique. Il ne compte qu'un rez-de-chaussée et un étage de combles. La façade sur rue est percée de baies couvertes par un arc segmentaire. Au premier niveau, la pose des briques, qui débordent légèrement de la ligne de l'arc, dessinent une agrafe. La baie centrale au premier niveau a été modifiée pour en faire un quai de déchargement : un linteau en béton vient désormais empiéter sur l'arc de la baie.

La façade de l'entrepôt porte de nombreux décors : tables saillantes sous les baies du premier niveau, frise de denticules entre le premier niveau et celui des combles, plein de travée encadré par des bandeaux de briques posées en boutisses verticales, pilastres encadrant les baies du premier niveau. Enfin, un fer d'ancrage en forme de losange ajouré traversé de motifs circulaires est visible au milieu du pignon. Afin de créer une continuité avec le reste des bâtiments, la frise marquant la limite entre le mur et le pignon est dans l'alignement de la corniche sommitale de l'aile reliant l'entrepôt au logis.

La façade latérale est percée de six larges baies, aujourd'hui bouchées, dont seule la baie à l'extrémité, plus large et couverte en plein cintre, devait être une porte cochère. L'obturation des baies est, soit en retrait, soit au droit du mur. Les briques, avec des tons orangés, ne présentent pas cependant de couleur uniforme. La corniche qui achève l'élévation est complexe, associant deux rangs de dents d'engrenage orientées dans des sens opposés séparés par un rang de briques posées en panneresses couchées, un second rang de briques posées en panneresses couchées, et enfin un rang de briques posées en boutisses debout. Elle est identique à celle achevant l'élévation de l'aile entre l'entrepôt et le logis.

L'accès piéton au bâtiment est situé sur le mur pignon sud.

L'aile de jonction

Elle est construite en briques posées en appareil picard sur un soubassement en moellons de grès et couverte par une toiture brisée en ardoise dont le pureau (partie découverte qui reçoit la pluie) est marqué. Côté rue, elle est interrompue au centre par une lucarne pendante. Côté cour, deux lucarnes éclairent les combles. Celle de gauche a gardé sa toiture en pavillon. L'aile est en simple épaisseur, d'un seul niveau avec combles. Elle est percée de deux passages couverts. Le premier donne directement sur la cour de l'hôtel. Les portes aux deux extrémités sont en plein cintre en grès appareillé et pieds-droits en chaine harpée. Le second, sans doute percé (ou au moins modifié) à la fin du XXe siècle comme le laissent supposer les linteaux en béton, permet d'accéder à l'entrepôt, séparé du reste des bâtiment par un haut mur en brique. Côté cour, la façade est également percée de deux portes et d'une fenêtre, toutes couvertes par un arc segmentaire en brique dont les sommiers, la clef, le centre et la base des pieds-droits sont soulignés par des moellons de grès.

Côté rue comme côté cour, l'élévation s'achève par une corniche sommitale très travaillée (deux rangs de dents d'engrenage orientées dans des sens opposés, séparés par un rang de briques posées en panneresses couchées, un second rang de briques posées en panneresses couchées et enfin un rang de briques posées en boutisses debout).

Analyse

Les difficultés de datation

L'organisation des bâtiments autour d'une cour rappelle les hôtels particuliers du XVIIIe siècle. La juxtaposition des cadastres de 1817 et 1897 montre que la disposition et l'emprise au sol des ailes est identique entre ces deux dates. Il se pourrait donc que l'organisation du bâti, conservée pendant tout le XIXe siècle, soit celle de l'hôtel d'origine. La grande aile sur rue qui poursuit le logis, avec son soubassement en grès et sa porte cochère en plein cintre (qui figure sur le cadastre de 1897), tous deux typiques de la première moitié du XVIIIe siècle quercitain, pourrait être, également, une trace de l'hôtel d'origine qui aurait possédé, comme c'est le cas pour les hôtels du XVIIIe siècle, un accès dédié aux voitures à cheval donnant directement sur la cour. Cette hypothèse est confortée par la présence sur cette aile de motifs en dents d'engrenage, d'une toiture brisée et de baies associant briques et moellons de calcaire.

L'arrière du bâtiment, très différent de la façade sur rue, avec ses trumeaux en brique, ses baies couvertes par un arc segmentaire entourées de moellons de calcaire posés en chaîne harpée et son soubassement en grès, constitue la partie ancienne de la maison. Cette esthétique est en effet typique des constructions quercitaines de la fin du XVIIe jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, comme au 23, rue Thiers (IA59005764) ou au 1-3, place saint-Michel (IA59005729).

La parfaite similitude dans la mise en œuvre des matériaux du logis, côté façade sur rue, avec celle des maisons 14, rue Tanis (ill.) et 28, rue Thiers (même alternance de matériaux sur la façade, même traitement de la pierre bleue avec le centre bouchardé mais les bords lisses), laisse penser qu'elles ont été construites à une période identique. La maison de la rue Thiers (ill.) est située juste à côté de l'hôpital, lequel a nécessité d'importantes réparations après les sièges de 1794... Il est donc possible que cela ait été également le cas de la maison, restaurée alors à la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe. De plus, dans le Hainaut voisin, des maisons présentant des caractéristiques identiques sont datées de la fin du XVIIIe siècle. Enfin, on note la présence de baies couvertes par un linteau, dont l'utilisation est fréquente entre 1760 et 1815 ; et la mise en œuvre de pierre bleue, dont la mode se développe au début du XIXe siècle. La présence d'un balcon est ici encore typique de la première moitié du XIXe siècle, tout comme l'installation de volets extérieurs (dont il reste aujourd'hui les gonds). L'ensemble de ces éléments conduit à proposer, pour ces deux maisons et pour la façade sur rue du logis de la rue George-V, une datation à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. La façade sur rue du logis est donc plus récente que la partie arrière de l'hôtel. Elle est sans doute la conséquence d'une rénovation "au goût du jour" du logis au début du XIXe siècle, laquelle ne s'est cependant limitée qu'à la partie visible de la maison !

L'entrepôt, avec sa façade présentant un décor de motifs architecturaux en brique (tables affleurées) et l'absence de soubassement, bien que reprenant l'emprise au sol des précédents bâtis (visibles sur les cadastres précédents) présente, pour sa façade sur rue, les caractéristiques stylistiques du dernier quart du XIXe siècle. La façade latérale, en revanche, avec sa corniche sommitale où se trouvent deux rangs de dents d'engrenage et briques hétérogènes, serait plutôt contemporaine de la construction de l'hôtel au XVIIIe siècle.

Comparaison du logis avec les autres maisons de maître

Le nombre de travées de la façade du logis (six), est juste dans la moyenne et partage cette caractéristique avec onze autres maisons. La présence d'un grand degré pour accéder à la porte concerne seize autres maisons (soit environ 1/3 des maisons de maître). La présence d'un balcon est en revanche remarquable puisque seules deux autres maisons en ont arboré un. L'association "balcon + degré" n'a, de plus, été observée que deux fois.

La couverture à longs pans brisés et deux croupes ne concerne que cette maison. L'unique autre maison avec deux croupes est couverte par une toiture à longs pans (20, rue Carlier) et aucune des autres toitures brisées (seulement douze maisons) ne s'achève par une croupe.

La maison présente un autre élément pour lequel une seule autre occurrence a été repérée. Il s'agit de l'encadrement de la porte d'entrée en bossage plat occupant toute la largeur de la travée, d'une nature similaire à celle de la porte-fenêtre de la maison 20, rue Thiers (IA59005897). En outre, dans les deux cas, la travée présentant l'encadrement de baie en bossage est assortie d'un balcon.

L'entrepôt

Seuls deux entrepôts ont été repérés au Quesnoy (Maison, 50, place du Général Leclerc - IA59005750). Tous deux datent de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle et font appel à des décors de brique rappelant des motifs d'architecture pour embellir la façade. Grâce à cela, et bien que strictement liées à une activité industrielle ou commerciale, ces façades s'insèrent harmonieusement dans le reste du bâti.

Bien qu'il s'agisse d'un bâtiment utilitaire, la façade de l'entrepôt est traitée avec un très grand soin : décors de tables saillantes, frise de denticules entre le premier niveau et celui des combles, plein de travée souligné par des bandeaux, verticalité accentuée par des pilastres qui vont du soubassement à la frise de denticules, organisation de la façade selon un axe de symétrie vertical (les trois baies du premier niveau sont réparties régulièrement, celle centrale est située dans l'axe du pignon, et les deux baies du second niveau sont percées au droit des trumeaux du premier niveau). L'insertion sur les façades de décors en briques est typique de l'architecture quercitaine du dernier quart du XIXe siècle (voir dossier "De la brique pour embellir les façades" - IA59005743).

La différence de traitement dans l'obturation des baies du mur gouttereau (en retrait ou au droit du mur) laisse penser que les modifications ont été effectuées à des époques différentes. La différence dans la couleur des briques entre le mur gouttereau (moins d'uniformité colorimétrique et tons plus orangés) et celles des murs-pignons (plus rouges et de taille plus uniforme) indique que les parties du bâtiment ne sont pas de la même époque, le mur gouttereau étant plus ancien. La corniche sommitale du mur gouttereau est d'ailleurs identique à celle de l'aile faisant la liaison avec le logis, datée du XVIIIe siècle.

La présence du mur du XVIIIe siècle confirme que l'entrepôt a été bâti sur l'emplacement d'un bâtiment précédent, sans doute occupé par les communs de l'hôtel.

En conclusion, l'immeuble 7-9, rue George-V est sans doute le seul exemple quercitain d'un hôtel particulier du XVIIIe siècle ayant conservé autant d'éléments de son implantation et de son architecture d'origine. Le logis présente d'autre part nombre des traits caractéristiques des demeures de maître : travée de la porte d'entrée bâtarde valorisée par la présence d'un degré et d'un balcon, nombre important de travées, couverture percée de lucarnes.

  • Murs
    • brique brique avec pierre en remplissage
    • calcaire
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en U
  • Étages
    1 étage carré, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
    • noue
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit
  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

Documents d'archives

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1116. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, Justice de paix du Quesnoy, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1817 [état de section].

  • AD Nord. Série P ; sous-série 35 : 35 P 1121. Département du Nord, Arrondissement d'Avesnes, canton de Le Quesnoy est et ouest, Commune du Quesnoy : Section E dite de la ville, tableau indicatif des propriétaires, des propriétés foncières et de leur contenance, 1897 [état de section].

Documents figurés

  • Ville du Quesnoy - Plan cadastral napoléonien, feuille unique, levé en 1817. Section E, 1ère partie (AD Nord ; P31-761).

  • Le Quesnoy, plan cadastral napoléonien de 1897. Section dite de la ville, en trois feuilles, 2ème feuille (AD Nord ; P31-761).

    AD Nord : P31-761
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France, depuis 2010.

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