Dossier d’œuvre architecture IA80011096 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Ancienne abbaye Notre-Dame d'Épagne (détruit), actuellement villa de l'Abbaye
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'agglomération de la Baie de Somme - Abbeville
  • Commune Épagne-Épagnette
  • Lieu-dit Épagne
  • Adresse 10 route de Paris
  • Cadastre 1820 A 90 Plan du cadastre napoléonien  ; 2024 OB 161, 309, 430-431, 436, 439, 440
  • Dénominations
    demeure, abbaye
  • Appellations
    Villa de l'Abbaye
  • Destinations
    demeure
  • Autres parties constituantes
    pigeonnier, écurie

Le prieuré est fondé en 1178 (Prarond, 1861) par Enguérand de Fontaine, sénéchal de Ponthieu. Le choix du site se porte sur le lieu dit "Fontaine de Saint-Aubin" entre le village d'Épagne et l'église Saint-Aubin d'Eaucourt-sur-Somme.

Enguérand de Fontaine donne une partie de la seigneurie d’Épagne à titre de vicomté, ainsi que les moulins de Mautort, Cambron et Rouvroy, aux religieuses bernardines de l’ordre de Cîteaux (Charpentier, Daugy, 2008). La fondation est confirmée en 1190 par le comte de Ponthieu, en 1191 par l’évêque d’Amiens puis en 1192 par l’archevêque de Reims.

Après la fondation, trente-deux religieuses viennent de Rouen pour s'installer à Épagne. Le prieuré est transformé en abbaye et la prieure Albrea est élue première abbesse de l’abbaye cistercienne Notre-Dame d'Épagne. En 1230, la fille de Guillaume III, comte de Ponthieu, est élue supérieure (Charpentier, Daugy, 2008).

L’abbaye consistait, d’après Mallet (1904), en "une église, dortoir, logis abbatial, chambres, colombier, granges, étables, écuries et autres bâtiments, cours, jardins potagers et fruitiers, le tout fermé d’une grande porte et maison de portier, ainsi que de murs, sauf sur le côté des prés, où un large fossé servait de clôture".

Les guerres (guerre de Cent Ans, invasions espagnoles) obligent les religieuses à se réfugier à plusieurs reprises dans la ferme de l’Abiette, sur la rive gauche de la Somme - "Abiette" signifiant petite abbaye d'après Mallet. Le lieu-dit "La Biette" au sud d'Érondelle, village à proximité, rappellerait-t-il l'existence de cette ferme ?

Gabrielle Lallemand devient abbesse en 1639 et, constatant la vétusté des bâtiments de l’abbaye d'Épagne, décide de transférer la communauté à Abbeville en 1642. Les religieuses habitent tout d’abord dans une maison rue de l’Hôtel-Dieu, avant de s’installer en 1645 au lieu-dit Le Paraclet (Mallet, 1904) dans le quartier Saint-Gilles. En 1730, la communauté est encore composée d'une abbesse, de 24 religieuses de chœur et de 8 sœurs converses (Darsy, 1869). En 1745, elle est réduite à 14 religieuses de chœur et 8 converses. C'est pourquoi, au milieu du XVIIIe siècle, la communauté est réunie à celle de l'abbaye de Willencourt, à la demande du roi. Les sœurs rejoignent ainsi les bâtiments de l'abbaye de Willencourt situés chaussée Marcadé (IA80010571). D’après Mallet, les dernières religieuses restées à Épagne pour l'entretien des bâtiments agricoles, quittent le site au milieu du XVIIIe siècle. Après cette date, l’abbaye est transformée en ferme et devient la propriété de la famille Delgove, puis de la famille Tacheux (Mallet, 1904).

Un plan conservé dans la collection Delignières déposée aux archives d'Abbeville montre l'ancienne abbaye devenue ferme en 1811. Elle est bâtie à proximité de la route de Paris, et se compose de six bâtiments organisés autour d'une cour. Ces six édifices sont complétés par ce qui semble être un pigeonnier et un puits. Le terrain qui entoure la ferme possède un potager, des plantations, une fontaine ou un petit étang, une prairie, le tout délimité au sud par la Somme. Le site est borné par des murs de clôture. Sur le plan parcellaire du cadastre napoléonien de 1820, un cours d'eau part de la Somme en amont du pont d'Épagne et coule sur le terrain de l'ancienne abbaye. À cette date, la ferme appartient au comte Collin de Suddy, directeur général des douanes (Prarond, 1861).

En 1827, le terrain et la ferme sont rachetés par le propriétaire du château d’Épagne et la ferme cesse son activité peu après, en 1834 (Mallet, 1904). Les bâtiments de l’ancienne abbaye sont vraisemblablement été ruinés et détruits au cours du XIXe siècle, à une date indéterminée. En 1856, il restait une ancienne tour servant de pigeonnier, représentée sur une aquarelle d’Oswald Macqueron, d’après nature (ill.).

En 1880, M. Le Sergeant de Monnecove, propriétaire du château d’Épagne, cède sur bail à vie les anciennes terres de l’abbaye à Émile Barré, négociant à Abbeville (Mallet, 1904). Ce dernier a le droit d’y faire les travaux qu’il souhaite et fait donc construire une demeure de campagne, ainsi qu’une maison de concierge. Il existait déjà une écurie sur le domaine qui porte la date de 1868 sur son toit, mais cela ne correspond pas à la date d’acquisition du site par Emile Barré. Pourtant, la maison du concierge, bâtie dans le même style architectural que l’écurie, a été construite en 1881 (AD Somme ; 3 P 268/9). Émile Barré a vraisemblablement choisi de construire la maison de concierge dans un style similaire à celui de l'écurie, édifiée 13 ans plus tôt, ou bien il a pu refaire la façade de cette dernière dans les années 1880 pour harmoniser le style des différentes constructions. Pour le pigeonnier, sa date de construction n'est pas connue et son style rappelle celui de l'écurie et de la maison de concierge. La demeure a, quant à elle, été bâtie en 1884 (AD Somme). M. Barré aménage également le parc à son goût et y fait planter de nombreuses essences d’arbres. À sa mort en 1894, M. Le Sergeant de Monnecove récupère le domaine (Mallet, 1904).

Plusieurs propriétaires se succèdent jusqu’à aujourd’hui. Des étangs sont aménagés dans le parc au sud de la maison à la fin des années 1980. Aujourd’hui (2025), la maison est devenue un gîte. Il ne reste rien de l’ancienne abbaye, à part, peut-être, les murs de clôture et quelques chemins pavés de silex sur le domaine.

La demeure actuelle se situe à l'est du village d'Épagne, dans la commune d'Épagne-Épagnette. La parcelle sur laquelle elle est construite est délimitée le long de la rue principale par un mur en brique. L'accès au terrain se fait par un portail, depuis une petite place qui longe la rue.

La maison et ses communs sont implantés au nord d'un grand parc qui s'étend sur environ 9 ha. Les bâtiments sont construits sur la partie haute du terrain, à environ 280 m de la Somme. Le parc se divise en quatre parties. Le premier espace au nord, dans lequel se situe la demeure, est arboré : de nombreuses essences d'arbres ont été plantées dans cette zone protégée, comme des tilleuls, des ginkgos biloba, des châtaigniers, des érables du Canada… Les quelques allées aménagées datent de l'époque de l'abbaye. Les pavés en pierre encore visibles par endroits témoignent de leur ancienneté. Le second espace, au sud du premier, se compose d'un grand étang. Le troisième terrain, à l'est de l'étang, est un champ. De nombreux arbres sont plantés dans le dernier espace au sud du champ, le long des rives de la Somme.

Juste à droite de l'entrée se situe la maison du gardien. En face de cette maison, dans l'axe de l'entrée, se situe la demeure : sa façade ouest est orientée vers le portail. Deux allées entourant un espace enherbé permettent d'y accéder. L'allée qui décent à droite de l'entrée donne accès à l'ancienne écurie, bâtie au sud de la maison du gardien. Enfin, un chemin, en partie composé de pavés, descend en direction de la Somme vers le pigeonnier et l'étang.

La demeure

La demeure, de plan rectangulaire, présente une élévation à cinq travées, avec sous-sol et rez-de-chaussée surélevés, un étage carré et un étage de comble. Les murs sont construits en brique tandis que les chaînages d'angle, l'encadrement des ouvertures de la travée centrale, les bandeaux et la corniche sont en pierre calcaire. Les portes d'entrée des façades est et ouest sont sur la travée centrale, elles sont précédées de chaque côté par un escalier double. Une terrasse complète l'escalier à l'est. L'ensemble est couvert par un toit en ardoise à pans brisés et croupes. Des lucarnes-fronton sont percées sur le toit au niveau de chaque travée centrale, elles sont encadrées de deux lucarnes œil-de-bœuf.

Les communs

Les communs sont construits dans un style néo-normand. Le logement du gardien ainsi que le bâtiment qui abrite l'écurie et la charreterie ont la même architecture. Ils sont tous deux bâtis en pans de bois et remplissage brique, avec des combles à surcroît, couverts par un bardage de bois vertical ornementés au niveau de la corniche. L'ensemble des toitures est en tuile mécanique.

Le logement du gardien est percé sur sa façade côté est d'une porte centrale encadrée de deux fenêtres, surmontée d'une lucarne pendante ouvrant sur le comble à surcroît. La partie sud de l'édifice est en rez-de-chaussée uniquement. La partie nord est couverte d'un toit en pavillon surmonté d'un épi de faîtage.

Le second bâtiment abritait les écuries, une sellerie, et une charreterie. La partie charreterie est légèrement avancée sur la façade côté est par rapport au reste de l'édifice. L'étage de comble à surcroît abritait un espace de stockage. L'ensemble est de plan rectangulaire. L'édifice est percé de deux portes sur l'écurie : une sur la sellerie et deux grandes portes à doubles vantaux sur la charreterie. Chacune de ces ouvertures est surmontée d'une lucarne pendante. Le toit à longs pans et croupes est orné d'épis de faîtage. Quelques éléments en bois décorent l'édifice : les lambrequins des lucarnes, ou encore des motifs sur la corniche.

Le pigeonnier

L'édicule qui compose le pigeonnier comprend également un poulailler et deux abris à cochon. L'ensemble est construit en brique, dans une architecture particulière inspirée encore une fois du style néo-normand. La moitié basse du bâtiment se compose d'un poulailler, de plan octogonal, encadré par les deux abris à cochon. Le pigeonnier, de plan carré, est bâti sur le poulailler, il possède une structure en pans de bois avec remplissage en brique. L'ensemble des toitures est en tuile mécanique ; le poulailler est couvert par un toit octogonal, les abris à cochon par un toit à deux pans et pignons couverts et le pigeonnier par un toit en pavillon.

  • Murs
    • brique
    • bois pan de bois
  • Toits
    tuile, ardoise
  • Étages
    sous-sol, 1 étage carré, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés croupe brisée
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur
  • État de conservation
    détruit
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 268/9. Matrice des propriétés bâties, 1911.

Bibliographie

  • CHARPENTIER, Florence et DAUGY Xavier. Sur le chemin des abbayes de Picardie : histoire des abbayes picardes des origines à nos jours. Amiens : Encrage, 2008.

  • DARSY, François-Irénée. Bénéfices de l'église d'Amiens ou État général des biens, revenus et charges du clergé du diocèse d'Amiens en 1730. Amiens : E. Caillaux, 1869-1871. (Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie ; t. VII-VIII).

    Titre alternatif : État général des biens, revenus et charges du clergé du diocèse d'Amiens en 1730. 2 vol. (LXVI-510, 549 p.). Notes.

  • MALLET Ferdinand. Monographies des villes et villages de France : Épagne-Épagnette. Paris : Le Livre d'histoire, 2009.

    [Réédition de l'étude parue en 1904 dans le tome XXI de la collection des Mémoires de la société d'émulation d'Abbeville].

  • PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt. Paris, Abbeville : Dumoulin/Grave/Prévost, 1861-1868.

    [rééd : Saint-Pierre-de-Salerne : G. Monfort, 1980].

    L'édition complète comprend : 1re partie. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt ; 2e partie. Canton de Rue ; 3e partie. Saint-Valéry et les cantons voisins. - 2 vol. ; 4e partie. Saint-Riquier et les cantons voisins. - 2 vol.

Documents figurés

  • Plan géométrique de l'ancienne Abbaye d'Épagne, Collection Delignières de Bommy et de St Amand (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; Vol 3,117).

  • Plan masse de l'ancienne Abbaye, extrait du plan parcellaire de la commune d'Épagne-Épagnette, dit cadastre napoléonien Section A, 1820 (AD Somme ; 3 P 1339/2).

  • Ancienne tour servant de Pigeonnier, Oswald Macqueron, d'après nature, 26 novembre 1856 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; Ab.M33).

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Montauban Suzelle
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline
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