Dossier d’œuvre architecture IA00076665 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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Dufournier Benoît (Rédacteur)
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, Somme
  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Ancienne centrale hydroélectrique
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Ailly-le-Haut-Clocher
  • Hydrographies la Somme
  • Commune Long
  • Lieu-dit Marais de Saint-Nicolas
  • Adresse rue de la Chasse-à-Vaches
  • Cadastre 1986 AE 43
  • Dénominations
    centrale hydroélectrique
  • Appellations
    Ancienne usine hydroélectrique

La construction de la centrale

À la fin du XIXe siècle, et depuis de nombreuses années déjà, la commune de Long fait face à un problème d’approvisionnement en eau potable. L’eau de la mare de la commune, ainsi que celle de la Somme, ne sont pas saines. Il existe quelques puits, mais il faut creuser profondément pour atteindre de l’eau très calcaire. Enfin, les citernes placées dans la commune sont insuffisantes pour toute la population. Le maire de Long écrit à ce sujet : "les cas de fièvre typhoïde constatés chaque année prouvent bien qu’il ne s’agit pas ici de craintes chimériques" (AD Somme ; 99 O 2381). Dans un contexte hygiéniste, la municipalité considère qu’offrir à ses habitants un accès à "l’eau pure, pour les riches comme pour les pauvres, est une chose de toute première nécessité" (AD Somme ; 99 O 2381). D’autant plus qu’il existe de l’eau potable dans des nappes phréatiques de la vallée de la Somme, à proximité. La commune réfléchissait d'ailleurs depuis plusieurs années à une manière de pomper cette eau pour la redistribuer aux habitants, sans qu'aucune solution n’ait été mise en place par peur de la dépense que cela pourrait engendrer. C’est la construction d’une première centrale hydroélectrique, inaugurée en 1898 à Château-Chinon, qui permet aux Longiniens de se projeter sur la possibilité de bâtir leur propre équipement.

Ainsi, des études sont réalisées en 1900 en projection de la construction d'une centrale hydroélectrique à Long. Elles établissent que la force motrice de la centrale peut permettre de fournir à chaque habitant un volume d’eau de 250 litres par jour. La force nécessaire pour le pompage de l’eau est de 20 chevaux. Le barrage permettant de produire 130 chevaux, l’énergie supplémentaire est alors utilisée pour apporter l’éclairage électrique dans les foyers de Long. C’est ce projet d’accès à l’eau potable qui permet à la commune de Long d’être l’une des premières en France à bénéficier de l’éclairage électrique pour tous. Ce sont aussi les grandes ressources en tourbe, dont la commune dispose, qui facilitent le financement du coût important des travaux. Les nombreux tourbages extraordinaires (vente de terrains tourbeux) effectués pour les dépenses de la commune, et notamment celles de la construction des différents bâtiments municipaux (église, mairie, école…) ont permis au village de disposer d’une importante réserve d’argent. À cette époque, le capital de Long s’élève à plus de 800 000 francs. Aussi, pour financer le coût des travaux qui s’élève à 220 000 francs, la municipalité prévoit-elle de faire un emprunt "remboursable par annuités et gagé sur les ventes extraordinaires de tourbage", et d’aliéner une partie de son capital.

Un concours est organisé pour trouver les entreprises capables de mettre en place ce type de technologie encore peu développée. Pour la distribution de l’eau, c’est l’entrepreneur M. Louche de Boulogne-sur-Mer qui est chargé de la construction d’un réservoir de 600 m3, de l’établissement de conduites en fonte pour le remplissage du réservoir, et de la fourniture de deux pompes élévatoires.  Pour la distribution de l’éclairage électrique, la compagnie générale d’électricité de Creil, et plus précisément les entrepreneurs Daydé et Pillé, sont chargés de fournir deux turbines, trois dynamos, et des canalisations pour le village. Le bâtiment de la centrale en lui-même est édifié "en régie et suivant plusieurs petits marchés de gré à gré à passer avec les ouvriers du pays". La construction de ses fondations est rendue complexe par la nature du sol de la vallée de la Somme. L’édifice est assez grand pour accueillir trois turbines, car il est prévu, dès la construction, d’en ajouter une troisième au moment où ce sera nécessaire. La centrale est construite en 1902 et inaugurée le 7 juin 1903.

L'exploitation de la centrale

L’eau et l’électricité sont distribuées auprès des propriétaires privés grâce à un système d’abonnement. Dans son rapport, l’ingénieur des mines indique que "les différents prix sont très bas ; ils sont largement suffisants pour couvrir les frais d’exploitation de l’usine mais sont insuffisants pour l’amortissement complet du capital de 1er établissement". Ainsi, à l’ouverture de l’usine, l’éclairage est distribué auprès des habitants 1h avant le coucher du soleil et jusqu’à minuit du 1er mars au 31 octobre, et de 6h du matin jusqu’à 1h après le lever du soleil, puis le soir jusqu’à 11h, du 1er novembre au 28 février (AD Somme ; 99 O 2381). Chaque foyer dispose d’une ampoule pour s’éclairer (Izembart, Le Boudec, 2005). Le hameau du Câtelet est relié à l’éclairage électrique en 1909.

En 1912, la distribution d’énergie devient permanente, "sauf pendant une heure et demie par jour, et neuf les jours de fête" (AD Somme ; 99 O 2381).  Ce changement est motivé entre autres par l’ambition d’apporter l’éclairage électrique aux nombreux ouvriers des usines Saint Frères des Moulins Bleus à l'Étoile, qui partent par bateau à 4h30 du matin. De plus, le conseil municipal indique que "la force hydraulique, constamment disponible à l’usine est perdue pendant une grande partie du temps, alors qu’elle pourrait sans aucune dépense nouvelle d’installation, être utilisée à domicile pour les usages agricoles et pour la création d’ateliers familiaux". Vers 1913, les communes voisines commencent à profiter des avantages de la centrale : Cocquerel est reliée à l’électricité et Villers-sous-Ailly à l’eau courante.

En 1921, les tarifs augmentent pour les habitants à cause de charges imprévisibles pour la commune, liées à la Première Guerre mondiale. En 1924, les deux pompes à piston plongeur, installées en 1903, sont arrivées à leur limite d’utilisation et sont remplacées par des pompes centrifuges multicellulaires (AD Somme ; 99 O 2381). En 1928, une troisième turbine est installée dans la centrale. Ce n’est qu’en 1940 qu’une deuxième ampoule peut être utilisée dans les maisons (Izembart, Le Boudec, 2005). En 1961, pour faire face à l’augmentation de la consommation d’électricité, la commune acquiert une quatrième génératrice fonctionnant cette fois-ci au diesel.

La centrale produit de l’électricité jusqu’en 1968. À cette date, elle n’est plus assez performante pour correspondre aux dépenses des foyers de Long. Elle continue tout de même d’être exploitée, jusqu’en 1974, pour la distribution d’eau (Izembart, Le Boudec, 2005). L’édifice et ses machines sont conservés et classés au titre des Monuments historiques 10 ans après la fermeture définitive des lieux. Il est rouvert depuis 1991 afin d’y organiser des visites.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle
  • Dates
    • 1902, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Daydé et Pillé (1877 - 1964)
      Daydé et Pillé

      Entreprise française de constructions métalliques à Creil.

      1858 : fondations des Ateliers de construction de Creil par Louis-Gabriel Lebrun et Alexandre Lévêque.

      1877 : Établissements Le Brun et Daydé (Louis-Gabriel Lebrun s'associe à Henri Daydé)

      1880 : Établissements Le Brun, Pillé et Daydé (arrivée de l'ingénieur Pillé, neveu de Le Brun)

      1882 : Établissements Daydé et Pillé

      1905 : Établissements Daydé

      1964 : fusion avec la Compagnie française d'entreprises, devenue Eiffel constructions mécaniques.

      Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dayd%C3%A9#cite_note-37 [consulté le 10/01/2025]

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La centrale hydroélectrique de Long se situe au sud du village. Elle est construite le long du bras de déchargement du canal de la Somme. Un barrage se situe juste au nord de l'édifice.

L’eau accède à l’usine par un bassin aménagé à l’est. Elle passe ensuite sous la centrale et actionne une turbine qui fait fonctionner les générateurs et produit de l’énergie électrique. Pour éviter que la turbine soit toujours en mouvement, une cloche la recouvre lorsque l’usine est à l’arrêt.

La centrale hydroélectrique, de plan rectangulaire, est construite en brique. Quelques détails de l’édifice, comme la clé et les angles de l’arc de certaines ouvertures, sont en pierre calcaire. L’édifice présente une façade à trois travées ordonnancées. La travée centrale possède un étage tandis que les travées latérales sont en rez-de-chaussée. L’étage, qui servait autrefois de logement, est aménagé en gîte touristique. On accède à la centrale par une grande porte à doubles vantaux percée sur le mur-pignon sud. Un emmarchement de 8 degrés la précède. La date de 1902 est inscrite au-dessus de la fenêtre de l’étage sur les élévations est et ouest. À l’intérieur, deux colonnes en fonte soutiennent les solives métalliques. Les machines sont installées dans un vaste espace entièrement ouvert. À droite, un escalier en colimaçon en bois permet d’accéder à l’étage.

  • Murs
    • brique
  • Toits
    tuile mécanique
  • Plans
    plan symétrique
  • Étages
    1 étage carré
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • croupe
  • Escaliers
  • Énergies
    • énergie hydraulique
    • turbine hydraulique
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété publique
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    atelier de fabrication
  • Protections
    classé MH, 1984/12/28
  • Précisions sur la protection

    Ancienne usine (cad. AE 43) : classement par arrêté du 28 décembre 1984

  • Référence MH

Usine génératrice d'énergie construite en 1902, date portée, pour fournir l'électricité de la commune, a cessé toute activité en 1974. Matériel d'origine en place (Cie générale d'électricité de Creil) comprenant notamment 2 turbines hydrauliques, une 3e installée en 1928 ; moteur diesel supplétif installé en 1961. Existence d'un fonds d'archives privées.

Ce dossier a été complété et enrichi dans le cadre de l'Inventaire topographique du Pays d'art et d'histoire Ponthieu Baie de Somme en 2023-2026.

Documents d'archives

  • AD Somme. Série O ; Sous-série 99 O : 99 O 2381. Travaux communaux, dossiers d'administration communal, Long, 1870-1939.

    AD Somme

Bibliographie

  • IZEMBART, Hélène, LE BOUDEC, Bertrand. Le Canal de la Somme, un ouvrage d´art comme invitation à découvrir le paysage. Amiens : Conseil Général de la Somme, 2005.

Documents figurés

  • [Vues du village de Long], collection de cartes postales Jean-Paul Rouët, [ca XIXe-XXe siècles] (collection particulière).

    Collection particulière
  • Plan, coupe et élévation de la centrale, 30 novembre 1901 (AD Somme ; 99 O 2381).

    AD Somme
  • Plan d'ensemble de la disposition des machines de l'usine génératrice, par la compagnie générale d'électricité de Creil, 23 mars 1901 (AD Somme ; 99 O 2381).

    AD Somme
  • Coupe du réservoir d'eau (AD Somme ; 99 O 2381).

    AD Somme
Date(s) d'enquête : 1983; Date(s) de rédaction : 1989, 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Montauban Suzelle
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline
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Dufournier Benoît
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Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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